The riverside

Lorsque l’on est sur le Mekong, la mère des eaux, comme l’appellent les Lao, on se rend bien compte que c’est un fleuve puissant. On en a en tout cas une vague idée, à Luang Phrabang, Vientiane ou encore dans le Delta, loin là-bas, au sud. On voit bien combien son cours, pourtant langoureux, apparemment calme, est plein de force. Une force tranquille, mais implacable.
Ici, cette force s’exprime. Certains diraient que le Mekong libère sa fureur, mais ce n’est pas un fleuve furieux. Il est comme les Lao : doux sans être mièvre, fort mais sans violence. Pour ainsi dire, il se la coule douce.
À le voir franchir le bief de Si Pan Don, dans un déversement d’eau brune, dans un fracas de vagues, dans les écharpes d’embruns quand il se brise sur les bancs de grés, on aurait presque peur. C’est un gigantesque bouillonnement au-dessus duquel s’élève un sourd rugissement…
Il y a 5 ans, lorsque j’étais venu pendant la saison sèche, le niveau du fleuve était à l’étiage et en aval des chutes, 20 mètres plus bas qu’aujourd’hui. À Li Phi ou à Phapeng, il y avait deux canyons. Ils ne sont plus là, emplis pas des flots tumultueux…
En amont, pourtant, le Mekong n’est pas tellement différent. Il est juste plus haut. Beaucoup plus haut, puisque les arbres semblent pousser directement dans l’eau. On pourrait presque dire qu’ils y puisent la force vitale qui les fait tenir debout.
Les îles sont aussi très différentes, aussi verdoyantes qu’elles étaient desséchées il y a 5 ans. Dans ce monde profondément rural, l’heure est au repiquage du riz. La moindre parcelle a l’extraordinaire couleur tendre des jeunes pousses, couronnée du vert sombre, presque noir, des arbres. Des rizières montent des chants et des rires, le bruit sourd de la charrue qui retourne la terre gorgée d’eau et le rythme lancinant des grenouilles lorsque le soir tombe.
Tout est tranquille. Nulle agitation, sinon celle des bateaux qui labourent le fleuve perpétuellement, et celle des enfants qui jouent et se chamaillent, comme presque tous les enfants du monde…

PS : le titre de ce post est emprunté à Agnès Obel, dont je vous recommande l’écoute… –> Riverside

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