Flâneries capitales…

Voilà donc trois jours, c’est à dire depuis notre départ de Vang Vieng, que nous n’avons pas écrit de billet, en dehors du petit jeu des phi, remporté haut la main par notre chère Renée. Et oui, il s’agissait de voir qu’une boîte aux lettres s’était glissée parmi les édicules votifs, ce qui permet à Renée et Gib de remporter une incroyable participation à la construction de toilettes dans le Wat Simuang, temple le plus vénéré de Vientiane. Et oui, c’est qu’on est comme ça, Jean-Pierre et moi, on aime les jeux débiles avec prix inouïs et, autant le dire, hu-ma-ni-taire ! Bon, je rappelle qu’à priori, le bonbon lao est toujours en jeu (mais oui, le rapport avec le Vatican, vous savez bien, quoi…) et vous avez jusqu’à la nuit des temps pour nous donner la solution de cette énigme capellotractée…
Trois jours donc.
Trois jours, cela laisse le temps de vraiment flâner, de parcourir à pied la petite capitale du Laos, d’éviter les heures plus chaudes, d’attendre sans se presser la fin d’une averse, parce de toute façon, il n’y a rien d’autre de mieux à faire. Ici, les gens pressés sont souvent des gens mouillés.
Vientiane, je ne l’ai en fait jamais vue qu’en transit, en arrivant de Bangkok pour monter à Vang Vieng ou l’inverse, pour reprendre l’avion vers Saïgon l’an passé. Je n’en connaissais donc que le centre, autour de Ban Haisoke, le quartier où nous avons élu domicile il y a déjà 5 ans. Avoir du temps, le prendre comme nous l’avons fait cette fois, cela procure l’occasion d’emprunter des chemins de traverse, ces ruelles où se fait la vie des habitants de la capitale, qui n’est évidemment pas faite que de guesthouses et de magasins de souvenirs et de soieries.
Car Vientiane vaut de s’y perdre – ce qui, je l’avoue, est quand même assez difficile…
Prenons les temples. Ils sont beaux, certes, mais c’est en fin d’après-midi qu’il faut y être, ne serait-ce que parce que la lumière y est la plus belle. Mais c’est aussi un des moments de prière, et la litanie des moines peut se révéler terriblement hypnotique… Et se rendre au Wat Simuang un dimanche matin assez tôt, sans vraiment savoir où il est, après s’être tranquillement promenés le long du Mekong, c’est simplement constater la place que tient le bouddhisme dans cette nation toujours marxiste, c’est être au centre de la ville, là où est érigé son omphalos, son pilier fondateur, son axe, et d’un coup faire le rapprochement avec le linga angkorien, phallus plus qu’omphalos autour duquel tourne le cosmos… Un endroit populaire qui vaut vraiment d’aller un peu plus loin que l’admirable Wat Sisaket et que le vieillot mais charmant temple-musée bouddhiste du Wat Ho Phra Keo.
C’est aussi et surtout prendre le temps de se connaître, et par là, de se reconnaître, de se saluer d’un sabaidii complice, d’un sourire connivent, de quelques mots que l’on a enfin retenus. Fon tok mai. Il pleut de nouveau. Non lap fan dii. Passez une bonne nuit. De rires avec les enfants, d’observer les marchands des rues. Et même, comme avec Noy, dont les shakes sont les meilleurs du monde, de rendre compte par exemple de l’évolution de Vang Vieng, de discuter des charmes du Sud et de mille autres choses.
C’est prendre le temps, au bout de dix ans, d’aller enfin voir les ateliers de tissage de Carol Cassidy, une tisseuse américaine dont on dit qu’elle a assuré le renouveau du tissage laotien. Soies merveilleuses, hors de prix, pièces d’art. C’est enfin comprendre ce qu’est le tissage ikat. Si vous êtes sages, je vous raconterai un jour…
Déambuler. Simplement, sans but précis, sans idée préconçue sinon « et si on prenait par là ? », c’est l’essence même du voyage. Bien sûr, ce n’est pas nouveau : il me semble que Nicolas Bouvier dit quelque part qu’on ne fait pas un voyage, que c’est le voyage qui nous fait. Ou nous défait, ajoute-t’il.
Déambuler, s’écarquiller les yeux, s’ouvrir les esgourdes…
Se délecter d’un pan mak muang ou d’un nam mak nao sous un grand banyan protecteur non loin du temple confucianiste de la berge du Mekong et de ses dragons de pierre…

Nyaang lin, disent les Lao. Marcher pour le plaisir.

Comme partout ailleurs, c’est encore la meilleure solution pour aller à la découverte !

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The riverside

Lorsque l’on est sur le Mekong, la mère des eaux, comme l’appellent les Lao, on se rend bien compte que c’est un fleuve puissant. On en a en tout cas une vague idée, à Luang Phrabang, Vientiane ou encore dans le Delta, loin là-bas, au sud. On voit bien combien son cours, pourtant langoureux, apparemment calme, est plein de force. Une force tranquille, mais implacable.
Ici, cette force s’exprime. Certains diraient que le Mekong libère sa fureur, mais ce n’est pas un fleuve furieux. Il est comme les Lao : doux sans être mièvre, fort mais sans violence. Pour ainsi dire, il se la coule douce.
À le voir franchir le bief de Si Pan Don, dans un déversement d’eau brune, dans un fracas de vagues, dans les écharpes d’embruns quand il se brise sur les bancs de grés, on aurait presque peur. C’est un gigantesque bouillonnement au-dessus duquel s’élève un sourd rugissement…
Il y a 5 ans, lorsque j’étais venu pendant la saison sèche, le niveau du fleuve était à l’étiage et en aval des chutes, 20 mètres plus bas qu’aujourd’hui. À Li Phi ou à Phapeng, il y avait deux canyons. Ils ne sont plus là, emplis pas des flots tumultueux…
En amont, pourtant, le Mekong n’est pas tellement différent. Il est juste plus haut. Beaucoup plus haut, puisque les arbres semblent pousser directement dans l’eau. On pourrait presque dire qu’ils y puisent la force vitale qui les fait tenir debout.
Les îles sont aussi très différentes, aussi verdoyantes qu’elles étaient desséchées il y a 5 ans. Dans ce monde profondément rural, l’heure est au repiquage du riz. La moindre parcelle a l’extraordinaire couleur tendre des jeunes pousses, couronnée du vert sombre, presque noir, des arbres. Des rizières montent des chants et des rires, le bruit sourd de la charrue qui retourne la terre gorgée d’eau et le rythme lancinant des grenouilles lorsque le soir tombe.
Tout est tranquille. Nulle agitation, sinon celle des bateaux qui labourent le fleuve perpétuellement, et celle des enfants qui jouent et se chamaillent, comme presque tous les enfants du monde…

PS : le titre de ce post est emprunté à Agnès Obel, dont je vous recommande l’écoute… –> Riverside

Don Khone

Je passerai sous silence notre voyage de Champasak à Don Khone, qui ne presente pas grand intérêt, d’autant que je me suis retrouvé assis au milieu d’un bus, sur une chaise en plastique de jardin pour nain, dont les pieds présentaient un degré de flexibilité inquiétant se manifestant à chaque freinage, c’est à dire souvent…
Puis, la traversée du Mekong, toujours aussi impressionnant.
Nous avons débarqué sur l’île au moment où il s’est mis à pleuvoir.  Heureusement que nous avions déjà repéré notre point de chute, une guesthouse sympa en bordure du fleuve, parce que la pluie s’est vite transformée en orage tropical. Il faut avouer que regarder la pluie tomber drue sur le Mekong, langoureusement étendu sur une chaise longue, abrité sous une terrasse, à quelque chose d’hypnotique et favorise la rêverie. Et puis il y a le tabourinement de la pluie sur les toits et dans les arbres et le bruit du fleuve qui coule et qui arase les berges. Un vrai festival sonore à écouter en se laissant aller tranquillement…  Finalement, la dolce vita continue et c’est bien ainsi. Après tout les vacances sont faites pour ça.
Au moment où je termine ce post, la pluie s’est arrêtée, la vie sur le fleuve reprend, les bateaux se font à nouveau entendre dans une sorte de va et vient continu, les gens ressortent de chez eux ou de leurs abris, écopent, réparent, s’interpellent. Tout un monde en mouvement que l’orage avait interrompu. Et surtout, ce qui domine, le bruit du fleuve lui-même, le courant puissant qui dévale vers les chutes situées à un peu plus d’un kilomètre de notre guesthouse. Ce fleuve est d’une puissance phénoménale, on le dirait presque vivant. A voir donc et à entendre aussi.

Dolce vita

À Champasak, il n’y a pas grand chose à faire.
Pour être franc, il n’y a que deux occupations possibles.
Ou plutôt trois.

La troisième, c’est ne rien faire. Se la couler douce. Le farniente, quoi. Lézard. Clébard allongé sur le goudron chaud qui ne lève même pas la tête à votre passage, si vous voyez ce que je veux dire. Jean-Pierre et moi, on fait ça très bien.

La seconde, qui rejoint un peu la troisième, c’est d’aller se faire masser au spa. Un havre de paix. Une heure trente à se faire triturer, tordre dans tous les sens, malaxer, étirer. Anne, il nous faut cela sur le terrain, en plus du qi gong de Coco et du yoga d’Iza et Alda… Et le pire de cette douce torture, c’est que l’on finit sur une chaise longue, dans un petit pavillon avec vue sur le Mekong, dans une béatitude extatique que seul un saddhu népalais renierait, ou, à la limite, un énarque adepte du renoncement numérotrope… Oui, ça existe. C’est même bien plus courant qu’on ne croit.

Quant à la première occupation, c’est la seule vraiment valable de venir échouer ici, dans ce merveilleux petit village endormi, ancienne capitale du royaume de Bassac, si ma mémoire est bonne, jusqu’en 1975 : le Wat Phu . Littéralement, le temple de la montagne.
Un bijou d’architecture angkorienne perdu au pied d’une montagne dont on ne peut que remarquer la ressemblance avec un lingua. Ceux qui ne savent pas de quoi il retourne peuvent aller voir sur Wikipedia lorsque les enfants seront au lit. C’est d’ailleurs à cause de ce lingua que le temple fut érigé bien avant que les premiers monuments d’Angkor soient construit, avant même que certains songent à faire des rives du Tonle Sap la capitale d’un empire inoublié. D’aucuns disent même que la première capitale du dit empire, c’est ici. Mais doit-on faire confiance à des archéologues, je vous le demande…
Il faut voir les terrasses partant à l’assaut de la montagne au sein de cette jungle d’un vert profond, l’allée de grés bordée de colonnettes sombres figurant des boutons de lotus, les frangipaniers somptueux qui flanquent les larges degrés de pierre. Il faut voir le temple, minuscule en comparaison de ses cousins cambodgiens, la source qui s’écoule d’un surplomb et sanctifie perpétuellement un lingua depuis des siècles. Car si aujourd’hui Bouddha est l’hôte de ce ravissement, Shiva en était le premier locataire. Le lingua, c’est le sien.
On ne peut que s’imaginer, au delà du grand bassin en contrebas des terrasses, par-delà deux pavillons richement ornés, une ville bruissante et affairée, lovée dans un creux du grand fleuve.
Et rêver d’emprunter le chemin qui file vers le sud, vers Angkor l’inénarrable où nous étions encore hier.

Alors oui, venez ici, venez vous perdre à Champasak : la vie y est si douce que l’on a toutes les chances du Monde d’y ravauder son âme…

Dok champa lao

Ils sont en fleur. Les frangipaniers sont fleuris et leur parfum embaume l’air calme des rives du Mekong.
Le fleuve est haut, de cette couleur ocre sombre puisée à toutes les terres traversées depuis sa naissance sur les hauts plateaux du Tibet.
Nous sommes arrivés à Paksé après à peine une heure de vol. Un vol tranquille et beau, qui a commencé par un survol d’Angkor. Angkor qui a lentement disparu dans les nuages, comme un rêve qui s’efface lorsque l’on ouvre les yeux. Soudain, nous étions au Laos, arpentant les rues de Paksé sous un soleil de plomb, à la recherche d’une agence de voyage ou de quelque chose de semblable pour aller jusqu’à Champasak. Rien de cela. Le taxi nous avait posé un peu loin du centre, un tuk tuk nous en avait rapproché, avec cette gentillesse propre aux Lao, nous déposant près du marché. Mais d’agences de voyage, point. Juste le soleil qui flamboie, et la rue qui poudroie, ma chère Anne…
Nous avons alors fait ce que l’on fait toujours dans ces cas-là : affréter un song-theow pour nous mener à Champasak, après nous être dûment restaurés au marché.
Puis avons franchi le Mekong. Emprunté la nouvelle route qui longe le fleuve à l’ouest. Et sommes tranquillement parvenus à destination.
Rien n’y a changé depuis mon passage il y a cinq ans. Les belles maisons coloniales s’égrènent le long de la route, alanguies, presque exsangues. Les enfants jouent et leurs rires résonnent jusque dans notre chambre. Les chiens somnolent sur le goudron chaud, sans même prendre la peine de soulever la tête à notre passage.
Nous avons pris pension dans une guest-house « de luxe », dans une vieille maison au bord du fleuve. Un coup de cœur pour des chambres vastes et belles, comme on n’en voit peu par ici.
Demain, nous irons au Wat Phu convoquer un peu notre rêve angkorien. Puis irons nous faire masser au spa recommandé par Marie.
Parce que voyez-vous, il n’y a pas de mal à se faire du bien…

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Recontres, donc…

Depuis hier (car jusqu’à celui-ci, les post ont un petit décalage), nous n’arrêtons pas de faire des rencontres. Il y aura donc eu ce restaurateur du temple de Preah Ko, puis plus tard dans la journée, alors que le soleil allait se coucher et que la pluie se refusait à une ville un peu étouffante, Sokha Chung, une amie d’un collègue archéologue, Éric Llopis, qui a longtemps vécu et travaillé ici. Une boutique entrevue en revenant de Roluo, sur le bord de la rivière Siem Reap, avec de beaux bouddhas en devanture. Dans la boutique, de très belles photos prises par son époux, Thierry Diwo. Nous craquons pour l’une d’elle, prise au Bayon, et en discutant des temples et de leur restauration, Sokha nous dit qu’elle même y a travaillé. Je parle alors d’Éric. Qu’elle connaît. Et même très bien puisqu’ils sont amis de longue date !
C’est toujours drôle de voir comme le monde est petit…
Et aujourd’hui, après une visite à l’extraordinaire musée de Siem Reap (à visiter absolument, peut-être même avant de voir Angkor), nous sommes allés chercher la photo dans leur galerie originelle, assez loin dans les faubourgs méridionaux de Siem Reap. Une belle et grande maison dans un grand et beau jardin, envahie de dizaines de bouddhas et de photos de Diwo. Nous y sommes restés presque deux heures, à discuté avec Thierry Diwo de notre goût mutuel pour l’Asie, sirotant un café, pusique c’était l’heure du sien… Nous n’aurions pas eu rendez-vous pour un massage, nous serions sans doute encore en train de refaire ce monde sous le regard bienveillant de Siddartha, Vishnou ou Jayaravarman, septième du nom, le grand architecte d’Angkor Thom…

Un monde flottant

Afin de couper un peu avec l’intemporalité d’Angkor – et avec la temporalité pragmatique des cars de Chinois et autres Coréens : le Baphuon en un quart d’heure chrono – nous somme allés visiter un des villages flottants du Tonlé Sap. Nous avons choisi le plus proche de Siem Reap, et par conséquent le plus visité aussi. Un peu usine à touriste, en somme.
Mais en le sachant, en n’en étant pas dupe, cela se passe beaucoup mieux.
C’est quand même un drôle de monde, qui se déplace au gré du remplissage ou de la vidange du lac, tributaire incroyable du Mekong. Une migration pour que les maisons, écoles, boutiques, cochons et autres animaux restent sur l’eau, que le village reste flottant. Pas moins, dit-on de 10 km…
Les habitants y sont pour la plupart très pauvres. La pêche ne rapporte pas grand chose et il faut bien acheter ce qui ne pousse pas sur le lac ; la venue des touristes est doc une manne irremplaçable, et une lèpre aussi, comme toujours. Tout se monnaie : tour en barque dans la forêt noyée, photo des gamins. Et tout, bien sûr, est très cher ! Les commerçants recommandent d’acheter du riz pour l’école des orphelins ? C’est 50 $ les 50 kg… Pour nous autres touristes, évidement. Et l’on n’est pas sûr, comme dit Jean-Pierre, que le sac ne soit pas vendu au moins trois fois ! Il n’y a pas de petit profit, surtoit dans le charity business.
Mais cela se passe dans une certaine bonne humeur, sans acrimonie affichée comme cela a pu être le cas au Vietnam. Buy something for me, certes, mais si tu ne le fais pas, ce n’est pas grave.
Bref, un monde pittoresque où les fillettes se baladent avec des pythons autour du cour et où les terrains de baskets sont des grandes cages posées sur des flotteurs…
Bien différent est Roluo. Plus exactement le groupe des Roluos, un petit ensemble de temples d’une grande beauté au sud-est d’Angkor. Dans le plus petit, Preah Ko, un jeune homme né au village voisin nous a accompagné tout du long. Un restaurateur, qui a travaillé à la résurrection de ce subtil monument avec les allemands et qui continue désormais le travail avec une équipe cambodgienne. Un rencontre comme toute celle que l’on peut faire en voyage : impromptue, enrichissante, vivifiante…

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