Spéciale : « no Suzy, no cry »

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…temps ensoleillé, avec un peu de pluie en fin de journée

La journée a commencé à l’hôpital.

Je vois d’ici vos mines inquiètes, la stupeur qui se peint sur vos visages…

Rassurez-vous, nous n’avons strictement rien. Mais rien de rien. Il se trouve juste que notre guesthouse (hôtel ?) se trouve pile en face. Oui, je sais : cela peut être bien commode. Il se trouve aussi que c’est là que j’avais donné rendez-vous à Ger. Ce qui tombait très bien, puisque Lee Khoua s’y trouvait déjà avec femme et enfants. Rien de grave encore, juste la visite de routine pour Khoua, suite à son AVC d’il y a maintenant 3 ans. Et sans doute visite médicale pour le reste de la famille. C’est donc là-bas que nous nous sommes tous rejoints avant de monter au village, non sans faire un petit arrêt au marché pour acheter deux poulets et quelques cadeaux pour Maï, notre petite protégée.
Inutile de dire que les retrouvailles avec la marmaille rieuse du voisinage de Ger a été plus agréable que l’autre jour où la pluie tombait drue. Le beau soleil daujourdhui nous a permis de distribuer photos et sourire au voisinage, en particulier à toutes les brodeuses instantanément devenues les copines de Suzy l’an passé.
Après que Ger eut rappelé nos 32 kwan – esprits corporels qui, je vous le rappelle, ont une fâcheuse tendance à baguenauder librement, ce qui fait désordre lorsque l’on part en voyage et qu’un seul manque à l’appel – nous sommes partis chez Maï, avec un Lee Khoua qui marche de mieux en mieux !
Puis-je décrire le sourire de notre jeune amie en nous voyant ? Je suppose que non… Et son regard quand Jean-Pierre lui a donné un joli sac à dos, deux pinces à cheveux – un papillon et une belle fleur rouge – un bâton de rouge à lèvre, une palette de maquillage et un joli chapeau. Sans compter les bonbons, partagés avec tous les gamins du voisinage. Ce dont je peux vous assurer, c’est que Maï ne boude pas son plaisir et que cette désormais presque jeune fille est une charmeuse, sans aucun doute ! Inutile de vous dire non plus que nous avions un peu les larmes aux yeux… Heureusement qu’il faisait chaud et que la sueur sur mon visage masquait cela.
De retour chez Ger, nous avons fini notre petite cérémonie de rappel des kwan, puis mangé les deux poulets sacrifiés pour l’occasion, en riant et en faisant moult libations au Mirinda, ce soda à l’orange synthétique qui remplace avantageusement la beer lao quand il fait chaud…
Nous avons parlé de tout et de rien, de notre joie d’être ensemble, de la fille de Khoua qui vient de s’inscrire à l’École Normale pour devenir institutrice au village, première à bénéficier de l’aide de l’association.
Puis l’heure est venue de se quitter. Un orage grondait sur les montagnes. Nous avons salué Zhiang, l’épouse de Ger, et tous les enfants qui jouaient sur la terre ocre devant la maison.

La pluie s’est mise à tomber alors que Khoua et Ger venait de nous déposer devant l’hôpital.

Notre cœur, je crois, était aussi lourd que les nuages qui masquaient les montagnes…

Au village sans prétention

9 h du matin, Ger nous a donné rendez-vous sur la piste de l’ancien aéroport. Nous y arrivons légèrement en avance et tombons presque nez à nez avec Ger qui venait d’arriver. Timing parfait, bon présage pour la suite de la journée nous dit-il et nous voilà partis pour Ban Phathao, sous la pluie qui ne va quasiment pas nous lâcher de la journée. Lavang, muun ! Nous évoquons bien entendu le souvenir des amis absents, de leurs exploits en sport de glisse (certains se reconnaîtront), ce qui déclenche, comme il se doit, rires et bonne humeur, rires qui seront renouvelés quand un ado du village réitérera devant nous l’exploit en question…
Après avoir partage un repas toujours aussi délicieux, nous avons abordé les questions relatives à l’association. Ger nous a assuré qu’il procéderait à une sélection rigoureuse des candidats : pas question de courir les filles (ou les garçons), ni de se marier avant la fin des études, pas question non plus de ne pas fournir de résultats. Bref ce sera études, études. Les étudiants ayant ensuite le devoir moral d’aider en retour le village. C’est la solidarité villageoise. Tu es aidé, tu aides à ton tour. Ger nous enverra le nom des candidats retenus et la filière choisie. Un médecin et un ingénieur mécanicien seraient une aide précieuse pour le village…
Et puis est venu le temps des cadeaux. La soeur de Suzy à été très émue de l’attention, mais à la façon Hmong, discrètement, cela se lisait toutefois sur son visage et dans son sourire. Nous n’avons pas vu Lee Khoua qui était retenu dans sa rizière. Ce n’est que partie remise puisque nous devons retourner au village après que Ger sera rentré d’une visite dans sa famille à Xieng Khouang.
Bref, des retrouvailles qui font chaud au coeur.

Préparatifs…

Voilà 10 ans que je pars, chaque année, vers l’Asie du Sud-Est. Inutile de dire, donc, que ce dixième voyage revêt une importance particulière.

Dix ans… Dix ans de belles rencontres, dix ans d’images plein la tête, d’amitiés comme avec Ger et Khoua, nos amis de Ban Phathao, ou Kham. Oui, 10 ans…

Les enfants croisés naguère sont aujourd’hui adultes. À Ban Phathao, une école a poussé. La vie au village change peu à peu. Le Laos, cette terre d’accueil découverte un peu par hasard, évolue en douceur, la plupart du temps en bien, parfois en moins bien…

Cette année, Jean-Pierre et moi partons tous seuls. Trois semaines rien que pour nous deux, où nous avons choisi de ne pas forcément choisir, de ne pas nous presser. Trois semaines pour aller de Siem Reap à Ban Phathao, en « remontant » le Mékong.

Une semaine au Cambodge pour enfin découvrir Angkor et convoquer Loti et Mouhaut, convoquer tous les fantasmes, tous les imaginaires autour de la Grande Ville.

De là, nous irons nous la couler douce à Champassak, pour voir et revoir ce petit bijou qu’est le Wat Phou et quitter en douceur le rêve angkorien, avant de nous prélasser dans un hamac, au bord du Mékong, à Don Khon, dans l’extrême sud du Laos.

Puis nous remonterons vers le nord. Ferons sans doute escale à Savannakhet, comme ça, juste pour voir. Et achèverons notre petit périple dans notre village adoptif, Ban Phathao.

Nous nous réjouissons déjà de cet inconnu qui nous appelle…

Comment dit-on « bonjour » en cambodgien ?

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