Quatrième reprise…

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En 2008, saison sèche…

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The riverside

Lorsque l’on est sur le Mekong, la mère des eaux, comme l’appellent les Lao, on se rend bien compte que c’est un fleuve puissant. On en a en tout cas une vague idée, à Luang Phrabang, Vientiane ou encore dans le Delta, loin là-bas, au sud. On voit bien combien son cours, pourtant langoureux, apparemment calme, est plein de force. Une force tranquille, mais implacable.
Ici, cette force s’exprime. Certains diraient que le Mekong libère sa fureur, mais ce n’est pas un fleuve furieux. Il est comme les Lao : doux sans être mièvre, fort mais sans violence. Pour ainsi dire, il se la coule douce.
À le voir franchir le bief de Si Pan Don, dans un déversement d’eau brune, dans un fracas de vagues, dans les écharpes d’embruns quand il se brise sur les bancs de grés, on aurait presque peur. C’est un gigantesque bouillonnement au-dessus duquel s’élève un sourd rugissement…
Il y a 5 ans, lorsque j’étais venu pendant la saison sèche, le niveau du fleuve était à l’étiage et en aval des chutes, 20 mètres plus bas qu’aujourd’hui. À Li Phi ou à Phapeng, il y avait deux canyons. Ils ne sont plus là, emplis pas des flots tumultueux…
En amont, pourtant, le Mekong n’est pas tellement différent. Il est juste plus haut. Beaucoup plus haut, puisque les arbres semblent pousser directement dans l’eau. On pourrait presque dire qu’ils y puisent la force vitale qui les fait tenir debout.
Les îles sont aussi très différentes, aussi verdoyantes qu’elles étaient desséchées il y a 5 ans. Dans ce monde profondément rural, l’heure est au repiquage du riz. La moindre parcelle a l’extraordinaire couleur tendre des jeunes pousses, couronnée du vert sombre, presque noir, des arbres. Des rizières montent des chants et des rires, le bruit sourd de la charrue qui retourne la terre gorgée d’eau et le rythme lancinant des grenouilles lorsque le soir tombe.
Tout est tranquille. Nulle agitation, sinon celle des bateaux qui labourent le fleuve perpétuellement, et celle des enfants qui jouent et se chamaillent, comme presque tous les enfants du monde…

PS : le titre de ce post est emprunté à Agnès Obel, dont je vous recommande l’écoute… –> Riverside

Don Khone

Je passerai sous silence notre voyage de Champasak à Don Khone, qui ne presente pas grand intérêt, d’autant que je me suis retrouvé assis au milieu d’un bus, sur une chaise en plastique de jardin pour nain, dont les pieds présentaient un degré de flexibilité inquiétant se manifestant à chaque freinage, c’est à dire souvent…
Puis, la traversée du Mekong, toujours aussi impressionnant.
Nous avons débarqué sur l’île au moment où il s’est mis à pleuvoir.  Heureusement que nous avions déjà repéré notre point de chute, une guesthouse sympa en bordure du fleuve, parce que la pluie s’est vite transformée en orage tropical. Il faut avouer que regarder la pluie tomber drue sur le Mekong, langoureusement étendu sur une chaise longue, abrité sous une terrasse, à quelque chose d’hypnotique et favorise la rêverie. Et puis il y a le tabourinement de la pluie sur les toits et dans les arbres et le bruit du fleuve qui coule et qui arase les berges. Un vrai festival sonore à écouter en se laissant aller tranquillement…  Finalement, la dolce vita continue et c’est bien ainsi. Après tout les vacances sont faites pour ça.
Au moment où je termine ce post, la pluie s’est arrêtée, la vie sur le fleuve reprend, les bateaux se font à nouveau entendre dans une sorte de va et vient continu, les gens ressortent de chez eux ou de leurs abris, écopent, réparent, s’interpellent. Tout un monde en mouvement que l’orage avait interrompu. Et surtout, ce qui domine, le bruit du fleuve lui-même, le courant puissant qui dévale vers les chutes situées à un peu plus d’un kilomètre de notre guesthouse. Ce fleuve est d’une puissance phénoménale, on le dirait presque vivant. A voir donc et à entendre aussi.

Dolce vita

À Champasak, il n’y a pas grand chose à faire.
Pour être franc, il n’y a que deux occupations possibles.
Ou plutôt trois.

La troisième, c’est ne rien faire. Se la couler douce. Le farniente, quoi. Lézard. Clébard allongé sur le goudron chaud qui ne lève même pas la tête à votre passage, si vous voyez ce que je veux dire. Jean-Pierre et moi, on fait ça très bien.

La seconde, qui rejoint un peu la troisième, c’est d’aller se faire masser au spa. Un havre de paix. Une heure trente à se faire triturer, tordre dans tous les sens, malaxer, étirer. Anne, il nous faut cela sur le terrain, en plus du qi gong de Coco et du yoga d’Iza et Alda… Et le pire de cette douce torture, c’est que l’on finit sur une chaise longue, dans un petit pavillon avec vue sur le Mekong, dans une béatitude extatique que seul un saddhu népalais renierait, ou, à la limite, un énarque adepte du renoncement numérotrope… Oui, ça existe. C’est même bien plus courant qu’on ne croit.

Quant à la première occupation, c’est la seule vraiment valable de venir échouer ici, dans ce merveilleux petit village endormi, ancienne capitale du royaume de Bassac, si ma mémoire est bonne, jusqu’en 1975 : le Wat Phu . Littéralement, le temple de la montagne.
Un bijou d’architecture angkorienne perdu au pied d’une montagne dont on ne peut que remarquer la ressemblance avec un lingua. Ceux qui ne savent pas de quoi il retourne peuvent aller voir sur Wikipedia lorsque les enfants seront au lit. C’est d’ailleurs à cause de ce lingua que le temple fut érigé bien avant que les premiers monuments d’Angkor soient construit, avant même que certains songent à faire des rives du Tonle Sap la capitale d’un empire inoublié. D’aucuns disent même que la première capitale du dit empire, c’est ici. Mais doit-on faire confiance à des archéologues, je vous le demande…
Il faut voir les terrasses partant à l’assaut de la montagne au sein de cette jungle d’un vert profond, l’allée de grés bordée de colonnettes sombres figurant des boutons de lotus, les frangipaniers somptueux qui flanquent les larges degrés de pierre. Il faut voir le temple, minuscule en comparaison de ses cousins cambodgiens, la source qui s’écoule d’un surplomb et sanctifie perpétuellement un lingua depuis des siècles. Car si aujourd’hui Bouddha est l’hôte de ce ravissement, Shiva en était le premier locataire. Le lingua, c’est le sien.
On ne peut que s’imaginer, au delà du grand bassin en contrebas des terrasses, par-delà deux pavillons richement ornés, une ville bruissante et affairée, lovée dans un creux du grand fleuve.
Et rêver d’emprunter le chemin qui file vers le sud, vers Angkor l’inénarrable où nous étions encore hier.

Alors oui, venez ici, venez vous perdre à Champasak : la vie y est si douce que l’on a toutes les chances du Monde d’y ravauder son âme…